Libéré
Ce que Sigmund a rapporté de Dachau: un carton ayant servi de valise, une cuillère, un insigne, un fume-mégot, une boite à sardine
Dachau

Si au départ d’Auschwitz Sigmund dit avoir été mieux soigné que les autres grâce à sa position aux cuisines, les conditions se dégradent rapidement pendant les Marches de la Mort. «Nous sommes arrivés à Dachau» Sigmund est affecté au bloc 30. Selon les archives du camp il est immatriculé sous le numéro 141.899. Georg Fürth dont Sigmund parle tout au long de son entretien comme «le petit Georges» mesurait en fait 1m 86, il est le suivant dans la liste.


«Nous étions logés dans des baraques en dur ou semi-dur, je ne sais plus la couleur, nous étions aussi entassés, en surnombre dans des pièces plus petites. Peut-être y avait-il des lits ou seulement des matelas par terre, le camp était surpeuplé. Tous les déportés qui se trouvaient dans cette zone avaient été ramassés dans ce camp-là. La plupart d’entre nous avaient la dysenterie ou le typhus, nous passions parfois plus de temps aux toilettes que dans les pièces. L’eau manquait, ne suffisait pas. Nos besoins se faisaient tellement urgents que nous nous retrouvions à trois ou quatre autour des cuvettes. Malgré tout, j’ai encore le souvenir qu’un beau jour du mois de mars ou d’avril, j’étais dans le camp au soleil du printemps qui revenait et je sentais que la vie renaissait en moi. Ce sentiment m’a fait du bien. On philosophait voilà tout ce qu’on pouvait faire. Lorsque je repense à Dachau, ce sont tous ces souvenirs qui me reviennent.
Vers la mi-avril, j’ai attrapé la fièvre et mon copain Georges y a échappé. Les Allemands m’ont mis en quarantaine parce qu’ils avaient peur que la fièvre typhoïde ou le typhus se répande dans tout le camp. Ils en avaient une peur bleue, donc ils avaient quand même monté une infirmerie, dans laquelle se trouvait une zone de quarantaine où nous avons été soignés. Je suis resté à l’infirmerie, je n’arrivais pas à compter le temps qui passait, une semaine, dix jours, quinze jours. Lorsque je me suis réveillé, j’ai d’abord vu un casque, puis plusieurs casques américains! Des soldats américains se promenaient dans le camp. Alors, j’ai compris que nous étions libérés.»

Eva Rosenfeldova à l'hôpital Bulovka à Kro.
Sigmund au sanatorium Bernina, Leysin, Suisse.
Retour à Prague

Quand Sigmund se lève et s’approche du miroir suspendu il ne reconnait pas le reflet et se retourne pour voir qui est l’inconnu. Trois semaines après la libération du camp, des responsables Tchèques évacuent leurs ressortissants en camion. Sigmund arrive à Prague et se rend chez une cousine de sa mère qui avait épousé un aryen, cette dernière le recueille puis le fait hospitaliser à l’hôpital Bulovka de Prague. Là, il rencontre une jeune survivante des camps, Eva Agnès Rosenfeld qui se bat contre le typhus, la jaunisse et une spondylite.


A Prague, Sigmund se fait soigner. Il est opéré des poumons pour remédier aux atteintes de la tuberculose. À la fin du mois de mai 1946, il effectue un séjour en Suisse à Davos au sanatorium Bernina mais doit rentrer à Prague après neuf mois de convalescence. Sigmund a vingt-trois ans il passe son examen de maturité et entre à l’Université où il étudie à la haute école de commerce et d’économie, nous sommes en 1948. Pour vivre il reçoit des aides de sa famille des États-Unis, une allocation d’ancien déporté et Edmund Saborski, son oncle maternel l’aide. Grâce au marché noir il s’en sort avec Eva sa fiancée et la mère de cette dernière, Margaret Fischer Rubesova.


La révolution survient à Prague en février 1948, les communistes s’emparent du pouvoir et Sigmund décide rapidement de rejoindre Eva, partie en sanatorium à Leysin. Il lui faut patienter et finalement le 9 mai 1949 il quitte Prague pour rejoindre sa fiancée.

Une nouvelle vie

En date du 6 mai 1948, la demande de changement de nom de Sigmund Jachzel est effective. Il devient Sigmund Toman, patronyme qui pour les Tchèques n’est pas synonyme de juif et plus facile à porter dans le climat d’après-guerre. Soutenu par l’association d’aide aux réfugiés juifs basée en Suisse, le jeune couple obtient des subsides et ils se marient religieusement. Le mariage civil n’aura lieu qu’en 1952.


De février à mai 1950, Sigmund part en France à Lyon où il effectue un stage de maroquinerie afin de perfectionner son apprentissage commencé en Suisse. Dès 1953, il dirige une fabrique de maroquinerie dont il devient rapidement le propriétaire.


A sa retraite, Sigmund dont l’engagement associatif et communautaire a été constant, a commencé à témoigner de son expérience dans les camps, dans les écoles de Suisse et de France.
Il est décédé à Vevey le 9 février 2008 à l’âge de 85 ans.

Les citations de ces pages proviennent de «Vous, vous savez mais moi je ne sais pas.» Questions à un rescapé de la Shoah. Delibreo éditions ISBN:978-2-940398-03-4
Carte émise à Dachau lors de la libération du camp par l'armée américaine, le 28 février 1945. Source ITS, Bad-Arolsen
«On avait bonne mine, on avait la tête rasée, la gueule rasée, parce qu’on avait réussi à s’organiser, on semblait propres, moins mal nourris que les autres et tous nus, évidemment… Pour finir, on a récupéré nos vêtements et d’autres vêtements, parce qu’on était nus dehors.»
Sigmund au sanatorium Bernina, Suisse
Sigmund et sa femme Eva